Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Miss Lili's adventures

Mes contes (attention, ceux présentés ici ne sont pas destinés aux tout-petits, bien que certains soient adaptés), coups de coeur, découvertes, chroniques de sexytude (ce qui nous fait craquer, ce qui rend l'autre attirant). Bonne lecture !

Enfants restitués, Argentine.

Publié le 30 Novembre 2016 par misslilisadventures dans Notes de visionnage

LA PART POUR LE TOUT

 

Ce matin, mon humanité me pèse sur la conscience.

Hier j'ai vu un documentaire.

J'ai peine à dire, à trouver les mots pour encore une fois, dire l'indicible.

Argentine 1976-1983.

Au nom de la vie, on torture à tours de bras.

Au nom de  la vie on fait disparaître les opposants. Entre 13000 et 30000 suivant les sources. Des lois ont été votées pour donner l'impunité aux coupables.

Au nom de la vie, un programme de vols systématiques d'enfants a été mis en place par les forces armées.

Les coupables, eux, sont jugés, et condamnés à perpétuité (quand le gouvernement alloue des crédits pour les procès).

Aujourd'hui, ici, à Paris, je suis libre d'avoir des enfants et de les élever, j'ai le droit d'opter pour la contraception, ou même l'avortement, d'accoucher sous X, de laisser mes enfants à leurs grands-parents...

Il y a des jours comme ce matin où je suis surtout libre de rester au lit, blottie sous les couvertures, en espérant pouvoir rester un peu plus longtemps dans mes rêves.

Mais c'est un cauchemar que je fais.

Ya de grosses vagues de larmes qui bouillonnent, submergent la route qui me ramène. Tout me pèse et ralenti. je m'accroche au camion. Empapada.

Ce soir, j'ai le crayon qui saigne noir. la goutte au nez de n'avoir pas pleuré hier.

Hier quand mon rire fusait sur les larmes de crocodile. Accoucheur tortionnaire voleur d'enfants dans une des maternités clandestines. L'esprit tranquille, en règle avec le Christ. 

J'aimerais l'insulter mais ne me viennent que des cris de rage.

Il ne mérite pas de mots, pas d'insultes poétiques.

Juste son nom "Doctor Magnacco", le bien nommé.

J'écris pour les mères, les pères, les enfants, les familles. Pour que circule, se tisse la mémoire.

Les mères, braves, courageuses, n'imaginant pas vers quels gouffres elles s'avancent.

Ca dépend des endroits. Là où sévit le crocodile Magnacco, elles ont le droit à des visites d'autres détenues dans leur "Chambre des femmes enceintes". Pas comme en bas, dans "l'avenue du Bonheur", où des prisonnières s'alignent dans des boîtes comme des cercueils ouverts, menottées, les yeux bandés. Là on torture sur une musique de Joan manuel Serrat "Je ne verrai plus ma maison...". Au milieu, sur une table, une femme enceinte.

Les bruits de chaînes se mêlent aux cris d'un bébé en train de naître. Dans un joli couffin ils l'emmènent, accompagné d'une lettre à la famille qu'elle ne recevra jamais. Pour tranquiliser la mère pendant l'accouchement. Ici, on prend soin des bébés. On donne même des vitamines aux futures mères.

Ailleurs, les femmes sont menottées à des tables d'opération yeux bandés. Pas le droit de leur parler. Césariennes à peine anesthésiées localement. Elles doivent pouvoir retourner à pieds à leurs cellules 30 à 40m plus loin. Pas le droit de leur poser l'enfant sur la poitrine, même un instant.

Ailleurs, sitôt l'accouchement fini, elles doivent nettoyer par terre.

Dans certains endroits, ils tuent les enfants, dans d'autres ils les envoient à l'orphelinat, dans d'autres ils les font adopter par un réseau de militaires.

Un loup tue pour se nourrir, mais eux ? A se réclamer de la vie pour arracher la mort à des cris d'innocents. Le virus rouge à éradiquer. Voler les enfants pour mieux les éduquer.

Voler leurs noms, leurs identités, "NN" dans les registres. Changements de dates de naissance. Tout empêcher pour qu'on les retrouve. Restent les grands-mères de la Place de Mai, gardiennes de souvenirs et les collectes d'ADN transgénérationnelles.

Leur redonner leurs noms, à défaut d'un prénom. De Guillermo, être enfin Rodolfo. Retrouver ses racines qui baignent dans le sang.

J'ai mal à l'histoire. Ce soir, l'humanité me pèse. Ya des grosses vagues de larmes qui bouillonnent, submergent la route qui me ramène.

Gardées par les Grands-mères de la place de Mai, 500 boîtes à souvenirs, boîtes à identités, boîtes à s'enraciner.

En juin 2016, 121 ouvertes par los "hijos restituidos", les enfants restitués. Dedans, des photos des papas et mamans, des objets leur ayant appartenu, de quoi se fabriquer des souvenirs, de quoi faire refleurir l'arbre familial, faire refleurir, enfin, l'arbre de vie.

Trailer

Présentation de la projection à la Maison de l'Amérique Latine à Paris.

Au festival Biarritz Amérique Latine

Historias de hijos restituidos : como recuperaron la identidad.

commentaires

Canicule

Publié le 28 Novembre 2016 par misslilisadventures dans Instants

Mercredi 24 août 2016 (12h23)
Bouteille gelée tape tape au fond
presse presse pour faire tomber
un peu de glace fondante
la femme sur le quai du métro.
 
(18h03)
Caniveau, l’eau
rigole sur les pavés.
Et si j’y pataugeais ?
 
(18h31)
Métro, dans mon cou
le souffle de l’éventail
de ma voisine.
 
Jeudi 25 août 2016 (11h28)
Courant d’air. Grimpant
l’escalier du métro, la
dam’ ouvre les bras.
 
(22h15)
Vent sur le pont d’Arcole
un coup d’éventail
le pet disparaît.
 
(22h53)
Hé mais comment tu peux
oublier le charbon
à un barbecue !
(une femme dans la rue)
 
27 août 2016 (13h37)
Chaud chaud dans le métro.
Mollets qui suent.
Piqûre de moustique.
 
(15h23)
Chaud. J’ouvre.
Fenêtre sur la fournaise.
Tout compte fait, il fait frais.
 
(15h44)
En étoile sur le lit,
immobile, il ne fait
pas si chaud.
 
Etalée sur le lit
un fou rire et
me voilà en nage.
 
(22h27)
Trois visages spectraux
errent dans la nuit
le nez dans leur Iphone.
 
28 août 2016 (00h21)
Passe homm’ ou femm’ ?
Pieds nus dans l’herb’ croqu’ un’ chips.
Au ciel la cass’rol’.
 
(12h13)
En bas deux couches
pleines. Quatre petites jambes
pendent du balcon.
 
commentaires

Tankas et Haïkus après le 13 novembre 2015

Publié le 28 Novembre 2016 par misslilisadventures dans Instants

13 novembre
 
Dix messages au réveil :
ça va ? T’es où ?
Rappelle_moi !
 
« Attaques terroristes à Paris :
Signalez que vous êtes en sécurité
Prenez des nouvelles de vos amis »
 
(un sms dans la semaine)
Ca te dit une bouffe
à la maison et un tour
au Bataclan ? - Non merci.
 
Heure de pointe, regards
tendus, la bonne humeur
semble suspecte.
 
Murs gris, quais déserts
ambiance feutrée dans la rame
Oberkampf est fermé au public.
 
Devant des tentes
blanches, derrière une
marguerite de voitures
l’institut médico-légal
déborde sur le trottoir.
 
Politesse, une porte
tenue, que ça fait du
bien de sourire !
 
Dans la rue tachycardie
collective. Un scooter
vient de passer.
 
Devant les grands
magasins, bérets rouges, verts
et bleus. C’est Noël !
 
Des pubs à la télé
Disent que c’est cool
De jouer à la guerre.
 
En quatre par trois
sur les quais de métro,
l’armée recrute.
 
Inondation
 
A cause des
intempéries, le RER C est
fermé au public.
 
Sur la ligne 7
La station Pont Neuf est
fermée au public
 
Comme aurait dit Noé
Que d’eau !
Que d’eau !
 
La piscine Joséphine
Baker est cernée
Par les eaux.
 
14 juillet
 
Fête Nationale à la
Fenêtre, je regarde
Le feu d’artifices.
 
14 juillet sanglant
A Nice, un camion
Fonce dans la foule.
 
Le camion en boucle
A la télé, j’ai du
Mal à y croire
 
Des corps au sol un
grand silence sur la
Promenade des Anglais
Le journaliste choqué
Répète l’indicible.
 
Après « je suis Charlie » :
photos de profils filtrées
en bleu blanc rouge.
 
Canicule
 
Caniveau. L’eau
Rigole sur les pavés.
Et si j’y pataugeais ?
 
Métro, dans mon cou
Le souffle de l’éventail
De ma voisine.
 
(bombardement)
En bas deux couches
Pleines. Quatre petites jambes
Pendent du balcon.
 
9 novembre
 
Anniversaire de la chute
Du mur de Berlin. Les USA
basculent à l’extrême.
 
Les demandes d’émigration
au Canada font planter le site.
Un québécois s’interroge :
Faut-il construire un mur ?
commentaires

Le Grand Roncier

Publié le 28 Novembre 2016 par misslilisadventures dans Chroniques d'un chagrin d'amour

La grande horloge est détraquée dans la maison brouillard

Ya quelque chose de cassé quelque part.

Tout est lié imbriqué

le chemin de la maison est effacé

Des épines de souvenirs griffent le présent et font pleurer les rêves

Elles sont partout cachées

Petits morceaux du grand roncier.

 

Il reste le chemin

Je ne sais pas par où il passe

Mais mes pieds le connaissent

Les pieds savent où ils vont.

 

Ici le temps suit son cours

Quelqu'un l'a délivré

On ne le décompte plus

Une heure en suit une autre selon leur bon vouloir

L'homme se fie à la nature

Le soleil les étoiles et la lune

L'ombre portée dit le temps présent.

 

L'horloge est détraquée dans la maison brouillard

Ya quelque chose qui clock clock quelque part.

Le balancier a disparu

La femme a pris les aiguilles pour tricoter

Des pulls couleurs de temps.

 

La nuit éclaire le jour

Le passé au présent

Un bug dans l'espace temps.

La voilà qui tisse

De ses longues mains graciles

Avec des fils d'histoires

De grands mouchoirs livides

Pour moucher les chagrins

Ravauder les déchirures

Réparer cette étoffe

Dont sont faites les rêves.

 

Les mouchoirs de larmes détrempés

Floquent floquent

Dans la maison brouillard.

Le chemin suit son cours

De méandres en bifurcations

Et mes pieds dansent

Sautent d'un rocher à l'autre

S'arrêtent, boitent un temps,

Glissent dans la boue

Glissent sur la glace

Se plantent dans le sable

Qui s'écoule, lentement

Irrémédiablement, entre mes doigts serrés.

 

Sous les pavés la plage

La plage dans le brouillard...

 

J'entends murmurer les ombres

Je sens les fils de nuit de la tisseuse

La face sombre de la lune

Pleine d'histoires innommables

Indicibles

A la trame barbelée à faire pleurer les rêves

A faire pleurer la peur dans les chaumières

 

Ya des pas qui s'approchent

De la maison brouillard

J'entends comme un "toc toc"

Quelque part...

 

L'homme a traversé le grand roncier

Et touts ses beaux discours se sont accrochés aux épines

Lacérés, déchiquetés, écorchés

Il est arrivé le regard plein de larmes

Et les rêves en lambeaux

Plus de mots pour le dire

 

Les belles amoures se passent de mots

Leur silence est éloquent.

 

commentaires