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Miss Lili's adventures

Mes contes (attention, ceux présentés ici ne sont pas destinés aux tout-petits, bien que certains soient adaptés), coups de coeur, découvertes, chroniques de sexytude (ce qui nous fait craquer, ce qui rend l'autre attirant). Bonne lecture !

Conte de dessous la terre 3 : comme une mer d'angoisse et de peur

Un serpent monstrueux jaillit des flots dans une gerbe et vient souffler au visage de la Jeune femme. Elle retient son souffle. Elle a peur, mais la paroi l'empêche de reculer.

La bête grogne, et la vibration fait trembler toute la grotte ; ou est-ce la Jeune Femme qui tremble de tout son corps tellement la peur est intense ?

Le serpent s'allonge à ses pieds, tournant la tête vers les flots sombres. On dirait qu'il l'invite à monter sur son dos. Elle a peur, mais à quoi bon? Elle hésite. Il faut bien traverser... Elle passe sa jambe par dessus l’énorme cou. Elle s'agrippe comme elle peut. La peau est couvertes d'écailles poisseuses et visqueuses. Ca glisse terriblement. Le serpent fend les flots sombres. Quelque part, un rythme sourd et puissant a commencé à battre, écho grandissant des ricochets. D'entre les écailles du serpent perce une étrange lueur...

Soudain, le serpent plonge sous la surface. L’eau n’est pas sombre comme on aurait pu le penser. Sa surface est assombrie par l’épaisse couche souillée, mais en dessous, l’eau est lumineuse. Au fond, au centre de l’immense grotte, un autre berceau. Un enfant y est endormi. Comment fait-il pour dormir ainsi sous l’eau ? La Jeune Femme n’a pas eu le temps de prendre assez d’air. Elle se crispe, tire comme elle peut sur les écailles pour redresser la tête du serpent, elle étouffe…

Le serpent fait demi-tour et remonte. « Je ne peux pas laisser cet enfant ainsi au fond de l’eau » se dit-elle. « Ce serpent ne me l’a pas montré pour rien ».

Le serpent plonge à nouveau. Cette fois, elle a pris une grande respiration avant. Dans un grand mouvement spiralé, il descend jusqu’au berceau. La Jeune Femme attrape l’enfant au passage, et le serre contre son cœur. Le serpent amorce la remontée. Il était temps. Elle n’a presque plus d’air.

Le serpent est remonté à la surface de l’autre côté du lac. Ils sont recouverts d’une épaisse couche de crasse sombre et visqueuse. La Jeune Femme a réussi à protéger l’enfant en rabattant dessus un pan de sa jupe. Une paroi se dresse devant eux.

"Pierre qui chante n'amasse pas mousse." gronde le serpent.

Alors, la mousse sombre se détache des pierres et retombe mollement. En dessous, la pierre résonne du même battement que l'eau. Le bruit est impressionnant. Dans la paroi, l'entrée d'un tunnel s'est dégagée. 

La Jeune Femme se hisse, et sans se retourner car l'entrée du tunnel est trop étroite, elle rampe vers son destin.  Elle s'accroche aux racines des plantes qui sortent des parois. Parois? On dirait que les racines ont tissé un passage dans le sous-sol des bois. Epuisée, enfin en sécurité, elle finit par s'allonger et elle s'endort aussitôt. 

 

Le serpent s'est retourné et s'est mis à danser. Il saute hors de l'eau et y plonge en fouettant la surface de sa queue. Les vagues font refluer la couche polluée vers la berge et le couloir nauséabond. 

L'eau apparaît peu à peu. Elle est lumineuse. La pierre au fond resplendit. On distingue enfin son chant. Le serpent danse et soudain, il se révèle et crache son feu primal. Alors, le noir de haine et de peur sèche et redevient poussière. 

Le feu remonte dans le couloir, boule de vie contre le néant, et jaillit dans la crypte. La sorcière se dessèche instantanément, et sous les vibrations, elle retombe en poussière. Alors, enfin, les corps relâchent leur étreinte de terreur. La vie afflue enfin. Les corps squelettiques reprennent peu à peu leur forme première. Les enfants ont vieilli. Il y en a de tous les âges, principalement des filles, enfin, des femmes...

Enfin libérés, ils remontent en file indienne le grand escalier... Mais c’est une autre histoire.

 

Revenons à la Jeune Femme. 

Les premières lueurs de l'aube éclairent le ciel. 

"Ouvre les yeux". Une voix douce la tire hors de son sommeil. 

"Ouvre les yeux". Elle cligne des paupières. Il fait sombre. Elle les referme. Dormir, juste encore un peu...

"Ouvre les yeux". Elle rouvre les yeux. Le soleil commence à poindre, et ses premiers rayons éclairent l'entrée du tunnel. Elle en est proche.  Ils en sont proches. Elle avait oublié l’étrange bébé endormit. Il dort toujours, bien blotti contre son sein.

Une silhouette sombre se dresse devant elle. On dirait... L'ombre fait demi-tour et se dirige vers la sortie. Elle la suit. Le suit : c'est le loup ! 

Enfin, l'air frais ! Elle est maculée de terre, sa peau est couverte de griffures, d'écorchures... Elle se remet péniblement debout. Le loup repart. Elle le suit. Ils arrivent à une sorte de vasque creusée à même la roche, dans laquelle se déverse une eau claire. Elle y puise de l'eau dans le creux de la main et se rince le visage. Toute la fatigue semble la quitter. 

Une très belle femme se tient face à elle, de l’autre côté de l’eau. Elle ne l’avait pas vu en arrivant. A-t-elle surgit des flots ? L’enfant se met à bouger. Il se frotte les yeux de ses petites mains. Il appelle sa mère, et la femme lui tend les bras. La Jeune Femme avance, et s’enfonce de plus en plus dans l’onde. La femme nage à sa rencontre. Ses longs cheveux forment des volutes derrière elle. Est-elle une fée ? La jeune femme rend son enfant à la femme de l’eau. La femme lui sourit, et avec elle, c’est toute la fontaine qui semble s’éclairer. Elle rit.

La Jeune Femme ôte ses vêtements pour se laver tout entière. Le noir de la grotte est redevenu poussière en même temps que le reste suite à la danse du serpent, comme s’il s’était agit d’un même corps liquéfié.

L'eau de la source est fraîche, délicieuse. L'eau, les larmes, la fatigue, la peur, la tristesse, l'espoir déçu... tout coule et s'éloigne dans l'onde. La Jeune Femme est au monde, libérée, l'eau referme ses plaies et apaise sa douleur. 

Elle frissonne. Elle a un peu froid.

Elle a soif. Elle boit. 

Il se met à pleuvoir, une grosse ondée bienfaisante qui dissipe le brouillard, qui lave le ciel de sa tristesse.

Le loup la guide jusqu'à une cavité dans la roche. Il y a comme une litière de mousse. Elle s'y roule et il vient se coucher contre elle pour la réchauffer. Elle frissonne. 

Feu et eau se mêlent et ne font qu'un

Du un la multitude

Printemps

 

© Adler Caroline, Contes de sang et d’os, Paris, juillet 2011 (08 mars 2012 pour la nouvelle version).

 

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