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Miss Lili's adventures

Mes contes (attention, ceux présentés ici ne sont pas destinés aux tout-petits, bien que certains soient adaptés), coups de coeur, découvertes, chroniques de sexytude (ce qui nous fait craquer, ce qui rend l'autre attirant). Bonne lecture !

Deux peaux d'âne valent mieux qu'une

Il était une fois deux royaumes.

 

Dans le premier, la reine mourut, et le roi voulu se remarier avec sa fille. Elle s’enfuit du palais avec trois robes, couleur de lune, de soleil et de temps qu’elle avait demandé à son père le temps pour lui de réaliser que ça n’était pas possible. Comme ça n’avait pas marché, elle lui avait demandé de tuer son âne dont il tirait sa richesse, et elle s’était enfuie déguisée avec la peau.

 

Dans le deuxième royaume, le roi mourut, et la reine voulu se remarier avec son fils. Il s’enfuit du palais après avoir demandé à sa mère un gâteau de lune, un gâteau de soleil, et un gâteau de temps. Comme ça n’avait pas marché, il s’était enfui avec sur le dos, la peau de l’âne dont le royaume tirait ses richesses qu’il avait fini par demander lui aussi.

 

Ils errèrent longtemps ainsi vêtus. Sitôt que quelqu’un finissait par remarquer leur beauté cachée, vite vite vite, ils s’enfuyaient, de peur que le monstre qu’ils avaient fui ne les retrouve.

 

Un soir, à un bal, ils finirent par se rencontrer. Occupée à écouter la musique, elle ne le vit pas tout de suite. Lui, si. Il avait un peu bu. Il avait envie de danser. Il s’approcha, et l’entraîna dans la danse. A force de danser, ils finirent par s’éloigner peu à peu du groupe. Ils avaient très chaud. Comme personne ne faisait attention à eux, ils ôtèrent leurs peaux d’ânes. Elle le vit.  C’était lui. C’était elle aussi.

 

Et c’est là que ça se complique.

 

Dans le feu de l’émotion, il lui demanda de l’épouser.

Dans le feu de l’émotion, elle lui dit oui.

Ils se quittèrent ainsi.

 

Je vous ai dit qu’il avait un peu bu.

Le lendemain, il se réveilla en croyant avoir rêvé.

Elle, de son côté, se réveilla, et se souvenait de la demande, et de sa réponse. Dans son enthousiasme, elle en oublia toute prudence…

 

Elle courut demander à son père de l’accompagner à l’autel. S’il avait appris pour le mariage, il les aurait fait tuer.

Mal lui en pris.

Le roi fit organiser le mariage immédiatement.

La situation était critique.

Mais alors que le curé venait de demander : « et vous, princesse, voulez-vous l’épouser ? » Elle répondit courageusement : « non, j’ai promis ma main à celui que j’aime, et qui n’est pas ici ».

Le roi entra alors dans une rage folle, menaçant de le faire assassiner, d’envoyer toute son armée à sa recherche.

Mais toute une armée ne peut pas envahir ainsi un autre pays. En fait, il n’y pouvait rien.

De honte, il la chassa du pays.

Elle repartit donc, à la recherche du prince de son cœur.

 

De son côté, le prince croyait avoir rêvé. Il pensait que la belle jeune fille l’avait certainement oublié, et que tout cela n’avait été qu’un rêve.

Sauf que non.

La Princesse vint le trouver, heureuse, souriante, et… « C’est à côté ! » dit-il en lui claquant la porte au nez.

Il ne l’avait pas reconnue : elle n’avait plus sa peau d’âne !

 

Elle revint, cette fois revêtue de sa peau d’âne.

Il la reconnu. Ses pensées s’embrouillèrent.

« Mais alors ? Non non non. Ca n’est pas possible. Quelle souillon ! » et il referma la porte.

 

La Princesse était très embêtée. C’est qu’elle l’aimait !

 

Elle mit longtemps à rassembler son courage et pour la troisième fois, elle frappa à sa porte.

Il ne vint même pas ouvrir. De l’intérieur de la maison, une voix cria : « Oh ! Non, ça suffit ! »

C’était dommage.

Il était agacé. Des garnements s’étaient amusés à frapper toute la journée, et il en avait marre. C’est fatiguant d’espérer que ce soit elle… et non. Et… ? Non plus. Et ??? Encore pas.

Elle n’attendit pas, et s’enfuit en abandonnant sa peau d’âne devant la porte. Quand il finit par venir ouvrir, elle était déjà loin.

 

Elle marcha longtemps, longtemps, longtemps. Jusqu’à la frontière avec le pays de Demain.

Mais il n’y avait pas de pont.

 

Un matin, il se réveilla. Son cœur lui avait crié toute la nuit son amour pour elle. Il avait des gros cernes sous les yeux. Il était tout pâle. Il n’en pouvait plus de l’aimer sans pouvoir lui dire, puisqu’elle était partie.

Le Petit Poucet vint à passer.

 

-         Mais qu’est-ce qu’il t’arrive ? Tu es tout pâle !

-         Je ne trouve plus le sommeil. Mon cœur hurle à la lune toutes les nuits.

-         Je ne connais qu’un remède à cette maladie.

-         Ah oui ?

-         Il faut que tu lui dise.

-         De quoi de qui ?

-         A ta belle !

-         Quelle belle ?

-         Ben, celle que tu aimes ?

-         Moi ? Aimer ? Naaaaan. Jamais. On a dû m’ensorceler.

-         Prends toujours mes bottes de sept lieues. Et écoute la voix de ton cœur.

-         D’accord, promis.

 

Une promesse est une promesse.

Epuisé, il chaussa les bottes et parcouru tout le pays à la recherche de la belle. Les bottes finirent par le conduire à la frontière avec le pays de Demain.

Il la vit assise, à scruter l’horizon.

Il s’assit à côté d’elle.

Elle n’osa pas tourner la tête. Elle avait peur que ce soit lui. Elle avait peur qu’il ne s’enfuie en voyant tout son amour dans son regard. Elle ferma fort fort fort les yeux.

Alors, il lui déposa un bisou sur la joue. De ceux qu’on fait, petits, pour se faire pardonner.

Elle sourit. Et il sourit aussi. Il n’y avait pas besoin de mot pour le dire : tout avait déjà été dit.

Ils se prirent par la main, et leur amour bâti un pont entre le pays d’Aujourd’hui et celui de Demain. Un pont de possible.

Ils le franchirent, et ils vécurent heureux.

 

 

 

© Adler Caroline,  Paris, 09 mai 2012

 

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