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Miss Lili's adventures

Mes contes (attention, ceux présentés ici ne sont pas destinés aux tout-petits, bien que certains soient adaptés), coups de coeur, découvertes, chroniques de sexytude (ce qui nous fait craquer, ce qui rend l'autre attirant). Bonne lecture !

L'Arbre à musique

 

À mon petit porte-bonheur.

 

 

Jadis, au bout du chemin à la sortie du village, il y avait une grande maison.

Les gens en étaient partis, et peu à peu, la nature avait repris ses droits.  Le toit s’était écroulé, puis les murs. Les villageois avaient récupéré les pierres pour construire d’autres maisons.

Il ne restait plus qu’un grand mur orné d’une fresque. C’était un grand arbre tout couvert de fleurs et d’oiseaux. Un bel arbre à musique. Ni les gens ni la pluie ni la mousse n’avaient osé y toucher.

Deux enfants, Alba et Toni aimaient à venir jouer à son pied. Jour après jour, été comme hiver, ils venaient.

Un bel après-midi d’été où ils se reposaient à l’ombre du feuillage, il leur sembla entendre une musique. Ils tendirent l’oreille… Oui, il y avait bien de la musique quelque part. En y regardant de plus près, il y avait un petit trou, là, entre deux branches du bas, dans un coin d’ombre. Le garçon y colla son œil. Une grande prairie s’étalait de l’autre côté, et une belle jeune fille y dansait joyeusement. La musique était si belle, si cristalline qu’une fois qu’il l’eut entendue, il fut enchanté. Il ne parvenait pas à détacher son regard de la belle, et brûlait du désir d’aller la rejoindre dans la danse.

Quand, enfin, Alba pu regarder à son tour, la musique s’était tue et la jeune fille partait au loin.

Après ce jour, Toni ne fut plus jamais le même. Il retournait chaque jour coller son œil au mur pour tenter d’apercevoir à nouveau la jeune fille. Alba devint triste. Toni passait devant elle sans la voir tellement il était fasciné par la mystérieuse danseuse.

 

Un matin, Alba se leva. Le ciel au dehors était d’un noir d’encre. Le soleil semblait avoir refusé de se lever. Un silence de plomb pesait sur le village. Elle sut que quelque chose de terrible était arrivé. Elle courut chez Toni, mais il n’était pas rentré de la nuit. Alors, elle courut jusqu’à l’arbre.

Les branches la griffaient. Ses pieds butaient sur les pierres du chemin plongé dans l’ombre, mais elle courait toujours. Plus elle s’approchait, plus la lumière se faisait… une lumière dansante comme des flammes. Au pied de l’arbre, sur la fresque, au pied de l’arbre, dans l’ombre, une porte était apparue, et le trou en était la serrure. Alba se pencha pour y regarder. La prairie brillait d’une étrange lueur. L’herbe était devenue rouge, et d’horribles créatures dansaient en rond au son d’une musique crissante et chuintante. Parmi eux, elle reconnu Toni, aux traits déformés par l’effroi, balloté comme un pantin, épuisé par cette danse infernale, traîné, piétiné.

Alors, des larmes venues tout droit du cœur d’Alba se mirent à couler. Chaque note, chaque gémissement en nourrissait le flot.  Elles finirent par former une petite flaque à ses pieds. La flaque grandissait de plus en plus. Sa tristesse et sa douleur se déversaient… et ne tarissaient pas. Semblant y puiser de la vigueur, l’arbre se mit à grossir sur le mur. Tant et tant qu’il finit par s’en détacher. Son feuillage se mit à bruisser, et les oiseaux peints, un à un se mirent à chanter.

La flaque devint mare, puis petit lac. Support inutile, le mur finir par s’écrouler.

Alba leva les yeux. Le fracas de la chute du mur avait fait fuir les monstres, et Toni gisait là. Elle se traîna jusqu’à lui, et le serra contre son cœur. En sentant son cœur battre contre le sien, Toni rouvrit une dernière fois les yeux, et dans son dernier souffle, il lui sourit. Le cœur d’Alba cessa de battre en même temps que celui de Toni.

 

Au matin, le soleil resplendissait comme jamais, mais une pluie fine et pénétrante l’accompagnait. On aurait dit qu’il pleurait…

Dans le ciel, au dessus du bois, un arc-en-ciel.

 

Les villageois partirent à la recherche des deux enfants.

À l’emplacement du mur peint, il y avait désormais un lac, avec en son centre une petite île pierreuse. Un grand arbre s’y dressait, chargé de fleurs multicolores et d’oiseaux chantant à l’unisson. À son pied, enlacés, endormis à jamais, deux enfants souriaient.

 

On dit que le chant de ces oiseaux libère la peine des cœurs brisés.

 

 

© Adler Caroline, Contes de sang et d’os, Paris, juillet 2011 (15 février 2011 pour la nouvelle version).