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Miss Lili's adventures

Mes contes (attention, ceux présentés ici ne sont pas destinés aux tout-petits, bien que certains soient adaptés), coups de coeur, découvertes, chroniques de sexytude (ce qui nous fait craquer, ce qui rend l'autre attirant). Bonne lecture !

La Princesse et le Dragon : genèse

 

Pour faire un bon conte, prenez :

- une princesse (indispensable innocente victime à qui il va pouvoir arriver pleins de malheurs)

- un méchant super flippant (comme par exemple un ogre)

- un outsider qui va viendre sauver la princesse de sa vie de merde

- et une quête à la con sensée révéler les talents cachés du dit outsider.

Bon, après, on fait avec ce qu’on a… comme pour les recettes de gâteau. On adapte la recette en fonction des ingrédients à disposition.

 

Pour la princesse, on va en prendre une pas trop concon (on va devoir la supporter toute une histoire, voir plus si elle a un destin mouvementé), jolie, avec de l’humour, du répondant (faut pas déconner non plus), et une bonne dose de sex-appeal. Oh, et un brin bricoleuse (bon, peut-être pas comme Mac Gyver, mais ça peut toujours servir…).

Donc : jolie brunette à forte poitrine et postérieur rebondi (je fais dans les clichés).

 

Pour le méchant, on va prendre un ogre. C’est simple, ya pas besoin d’expliquer longtemps (bien que depuis Shrek, ça le fait moins pour flanquer la frousse au lecteur, m’enfin… ça reste un classique du genre). Donc : grand, moche, qui pue, qui mange de la chair fraîche (surtout des enfants. Ca vaut bien la peine de se décarcasser à en faire !).

 

L’outsider : on va prendre le bouffon de l’ogre (c’est pour une question pratique : l’ogre vit paumé au milieu de la forêt, et ya jamais personne qui vient chez lui, à part ses innocentes victimes...).

 

Et la quête, ben… Réussir à faire rire la princesse, et déjouer l’attention du vilain dragon qui garde la porte de la tour où elle est enfermée.

 

Voilà, voilà. Maintenant qu’on a les personnages, on va pouvoir passer à l’histoire !

 

Nous voici donc dans une grande forêt, dans le château d’un ogre. Il a kidnappé une jolie princesse qu’il a enfermée dans une grande tour gardée par un dragon.

Il compte l’épouser, mais la princesse repousse toutes ses demandes sous des prétextes aussi futiles que fallacieux ! (exemple : il sent mauvais de la bouche, il n’a pas brossé sa barbe et il reste des doigts d’enfants pris dedans, il manque de sens de l’humour, il a de trop grands pieds, son château n’est pas assez chauffé, la cuisine laisse à désirer…)

L’ogre est exaspéré. En plus, elle ne fait que gémir et broyer du noir…

Il faut dire qu’avec un ogre et un dragon pour seule compagnie, il y a de quoi oublier à quoi ressemble un éclat de rire !

Avantage : la beauté du visage de la princesse n’est troublée par aucune ride d’expression.

C’est dire si son ennui est profond. Parfois, elle se prend à rêver de la vie des statues de cire du musée de la ville (si si, c’est une tradition très ancienne… besoin de l’histoire oblige !). Je disais donc : la vie des statues est plus palpitante que la sienne. Au moins, elles, elles reçoivent la visite de touristes !

 

La seule animation vient des arrivages d’enfants. Ils passent en troupeaux sous sa fenêtre, braillards, chouinards… des enfants quoi (oui, bon, ok, c’est horrible, mais on ne va pas non plus s’appesantir sur le triste sors de ces pauuuuuuvres petits. C’est l’histoire de la princesse. Eux, finalement, ils n’en ont pas pour longtemps à souffrir. Alors que la princesse, elle, elle s’ennuie ! Cruelle ? Moi ? Non. Je ne fais que raconter leur triste histoire. C’est déjà bien plus que ne le font leurs parents, bien heureux de les avoir livrés en sacrifice à l’ogre. Après, ils peuvent faire des clubs de parents super tristes, et refaire d’autres enfants, pour les livrer à leur tour… De toutes façons, attendez-voir la suite. L’ogre ne va pas faire le fier trop longtemps, sinon, ça serait pas cool comme histoire. Et c’est une histoire cool. Enfin… pour les « futurs arrivages d’enfants », elle l’est).

 

Trêve d’aparté, revenons à nos « moutons » :

 

Il y a donc de fréquents arrivages d’enfants. Les villages alentours les livrent par charrettes entières.

C’est la veille d’un jour de livraison. Les gens ont organisé une grande fête pour se donner du courage. Un homme rentre chez lui. Il s’allonge dans une charrette sur le bord du chemin « Juste le temps de reprendre des forces ! » se dit-il. Il en tient une bonne. Une historique. Tellement belle que lorsqu’on charge les enfants le lendemain matin, il dort toujours. L’ogre doit même le secouer pour le réveiller.

Il manque de mourir de peur en rouvrant les yeux sur une grosse barbe rougie par le sang séché des petites victimes, et les horribles crocs luisant de bave (l’ogre salive déjà en pensant à son festin).

Heureusement, Georges est doté d’un humour à toute épreuve. Il n’a certes pas le charme d’une Shéhérazade, mais sa mère lui a toujours dit que « femme qui rit, à moitié dans ton lit ». S’il arrive à faire rire l’ogre, alors…

L’ogre est très orgueilleux. Il porte de riches habits brodés d’or, il lit des livres sérieux, et prononce de longs discours sentencieux… En un mot : il est terriblement ennuyeux.

Georges ne le fait pas rire du tout. Cependant, sa gaîté et sa bonhommie font entrevoir à l’ogre une possibilité. Il peut bien en faire son bouffon ? Ca fait très chic, très princier. Avec le costume adéquat, il est parfait !

L’ogre est  si jaloux qu’il a congédié tous ses employés. Il jette des sors aux objets pour faire la cuisine, et les taches ménagères au château. Cependant, il n’a rien à craindre d’un petit homme disgracieux au visage poupon au ventre rebondi et au rire tonitruant !

La belle ne peut décemment pas ne serait-ce que jeter un regard à un tel pitre !

Mais… c’est sans compter avec le pouvoir d’un véritable éclat de rire !

 

La princesse passe des journées entières à la fenêtre, à regarder les nuages, et les oiseaux… et tout ce qui peut lui faire oublier un peu la monotonie de sa condition de prisonnière.

Le bouffon s’ennuie lui aussi. Le sérieux indéridable de l’ogre lui sape le moral. Il a besoin de faire rire quelqu’un, de partager un fou-rire, de voir un visage s’éclairer… de communiquer sa joie, de la partager, de…

Il s’essaye sur le dragon. Il ne choisit par le bon moment pour cela. Un dragon n’a déjà pas bon caractère, mais au réveil… Il ne doit son salut qu’à ses talents de chanteur. Il se met à chanter une chanson douce que lui chantait sa maman, et le dragon se rendort. Ouf ! Sauvés. Sinon : il n’y aurait plus d’histoire !

Sa voix d’or sort la princesse de sa rêverie, et elle se penche pour voir d’où vient la douce mélopée. La chanson parle d’amour avec des mots si romantiques, si tendres, si… enfin, bref. Elle est emportée par une vague venue de l’intérieur même de son cœur, chaude et passionnée, que l’on appelle l’amour !

Une fois le dragon endormi, le bouffon voit la princesse penchée à la fenêtre. Trop heureux de trouver un public, il s’essaye à la faire rire, avec grand succès. La princesse rit de bon cœur à ses pitreries, et plus elle rit, plus le bouffon rayonne, et plus sa beauté se révèle… Et pareil pour la princesse, qui a un rire cristallin, sincère et spontané qui fait l’effet d’un verre d’eau fraîche au retour de la plage. Tant et si bien qu’à la fin de la journée, ils sont profondément amoureux l’un de l’autre.

La séduction par le rire est fulgurante. Si si. C’est bien connu. Il n’y a pas plus grand séducteur qu’un clown. Un gros bras sérieux, ça va deux secondes, mais au quotidien, une femme préfère la compagnie d’un homme joyeux.

 

Questions :

Comment faire pour que la princesse sorte de la tour ?

Comment se débarrasser de l’ogre ?

Comment se débarrasser du dragon ?

Comment ouvrir la porte de la tour ?

 

Pour le dragon, facile : le bouffon peut chanter une chanson douce que lui chantait sa maman, et ptaf, il dort.

Pour la porte de la tour… c’est plus compliqué déjà. C’est une lourde porte en chêne, donc, impossible à défoncer (à moins d’un bélier et d’une vingtaine de porteurs). En plus, la serrure est l’œuvre d’un forgeron zêlé qui y a mit tout son art, donc : elle est incrochetable. (Merci bien l’artisanat d’art !)

Comme fait exprès, en bon parano jaloux qui se respecte, l’ogre se balade avec la clef pendue à sa ceinture…

Donc : pour récupérer la clef, il faut s’approcher de l’ogre.

Ce qui amène à la question : comment se débarrasser de l’ogre ?

Problème : le bouffon perd tous ses moyens à la vue d’une simple goutte de sang. Il a envie de délivrer la belle princesse, mais il est plus pour attendre que l’ogre s’endorme… ou qu’il oublie de refermer la porte… Enfin : courageux, mais pas téméraire ! Il ne faut pas déconner non plus. Il aime la princesse, mais il aime encore plus sa vie !

La Princesse, elle, elle en a marre de rester coincée entre quatre murs. Elle a hâte de se barrer de là, surtout après avoir autant ri. On ne sait jamais en plus. D’ici à ce que l’ogre se rende compte de son penchant pour le bouffon, et c’est un coup à ce qu’il le croque direct au dîner… et retour à la case départ, avec un chagrin d’amour en prime ! Du coup, elle met au point, et aussitôt à exécution un plan, simple, direct, et sans accroc.

Elle demande à l’ogre de lui accorder un dîner en tête à tête. Elle lui sert plein de vin, et alors qu’il est endormi, elle lui plante un grand couteau dans le bidon, et pour être bien certaine qu’il soit mort, elle lui tranche la tête. Elle descend ensuite avec la clef ouvrir la porte de la tour.

 

Ah oui, précision importante : ils s’aiment, mais ne savent pas que c’est réciproque. Le bouffon aime la princesse mais se croit indigne d’elle, et elle, elle fonce en se disant qu’on verra bien, mais qu’en tous cas, il en vaut la chandelle ! Et elle ne sait pas qu’il ne supporte pas la vue du sang.

 

Donc, du côté du bouffon, la soirée ressemble plutôt à ça :

L’ogre n’ayant personne d’autre à qui se vanter, a fait venir le bouffon pour lui annoncer la bonne nouvelle : enfin, la princesse accepte de dîner avec lui. Ce n’est plus qu’une question de jours avant qu’elle l’épouse.

Le bouffon est dépité. Il ne peut pas s’empêcher d’aller broyer du noir au pied de la tour pendant le dîner. Il les voit en ombres chinoises bouger derrière les rideaux. Il imagine leur discussion, les préparatifs de la noce… Ca lui fait mal. Mais comment un simple bouffon pourrait-il espérer mieux ? Il se dit qu’au pire, il pourra encore la faire rire… Ce sera déjà ça ! Non ?

 

Quand il la voit sortir de la tour, couverte de sang encore fumant, il fait une syncope. Elle le ranime, et là, il hurle de toutes ses forces « aaaaaaaaaaaaaaah une ogresse !!!!!!!!!!!!!! » et il part en courant aussi vite que ses jambes le lui permettent.

Ouais, je sais, c’est con. M’enfin, voilà.

Moralité : quand vous tombez amoureux, c’est pas mal de prévenir l’autre avant de vous lancer dans des grandes quêtes.

Autre moralité : si l’autre rit à vos blagues et vous regarde avec des yeux qui pétillent : c’est peut-être possible d’espérer. Déconnez-pas avec ça. L’amour, ça reste l’amour. Parce que là, le bouffon, il court, il court, mais la Princesse elle reste comme un rond de flan, et elle, elle a plus qu’à se remettre à broyer du noir, libre, mais avec personne avec qui rire, à part le dragon, quand il est de bonne humeur, c'est-à-dire pas au réveil… Et comme chacun sait, un dragon, ça dort les trois-quarts du temps… (Question : comment ça se fait ça un reptile qui crache du feu ? Pourtant, les reptiles, c’est sensé être à sang froid… ?!)

 

Les gens des villages alentours ne sont pas super contents du changement de propriétaire. Un ogre, à une époque où la contraception n’existe pas, c’était bien pratique. Ils pouvaient faire pleins de gamins sans avoir de quoi les nourrir, et zouplà ! Très pratique un ogre !

Une princesse et un dragon… par contre… Elle demande des victuailles classiques. En plus, le temps qu’ils arrêtent de faire des petits… ça fait pleins d’enfants en plus à nourrir. Ca en flanque un coup aux finances du royaume !

 

Mais bon… Ca, ça sera pour la suite des aventures de La Princesse et du Dragon !

 

 

Quelques explications, et pour laisser un commentaire, ça se passe ici

 © Adler Caroline, Contes de sang et d’os, Paris, juillet 2011